Damné ego, qu’il aille se noyer dans un verre… qu’il s’en aille loin, très loin de moi, qu’il foute le camp une bonne fois pour toute. Mais non, ce n’est pas son truc, ni le mien d’ailleurs. Il se sent si bien entretenu en moi, si vivant, si fort. Ancré de la sorte il ne vivote pas, il excelle dans l’art de vivre, telle une tique affaiblissant l’organisme animal jusqu’à l’os. L’ego est mort, vive l’ego. Une bonne pression ne suffit pas pour l’extirper, un travail sur soi de longue haleine est de mise, tiraillant ainsi l’âme jusqu’à l’épuisement. Un jour, il semble être loin, distant, ne vous y fiez pas, il sommeille, se terre, vous guette, il attend le moment propice pour assaillir de nouveau… La lutte s’engage alors, une fois encore, plus dure à chaque fois, vous vous lassez de ses assauts répétés, vous allez céder comme une vielle muraille en pierres sèches. Il a le temps pour allié, il ne se lasse jamais, insatiable. Quelle ignominie j’ai laissé grandir en mon sein. Cette lutte intérieure, si silencieuse, si violente, ne laisse rien transparaître. Vous êtes de marbre, mais le bloc laisse apparaître une fissure.