Il a enfin ce qu’il veut, il ne ressent plus rien, il est comme anesthésié. Pourtant il reste sur ses pieds, il ne les sent plus, ses jambes sont un vague souvenir. Au diable la pesanteur, il n’est plus rattaché à cette terre que par cette gravité, il est coupé de l’extérieur, n’entend que les battements de son cœur. Il continue d’avancer, de plus en plus lentement, se dirige vers cet autre inconnu. Il l’embrasse, furtivement pour commencer, puis se fond en lui. Il retrouve son souffle peu à peu, de petits cristaux de glace semblent s’être formés dans ses poumons, ces petites lames de rasoirs qui lui brûlent la gorge. Cet état second, il le connais depuis qu’il est petit, il aime repousser ses limites, il se connaît bien maintenant qu’il a grandi. On l’a initié. Il y a pris goût, peut être avait-il une prédisposition à cela, une sorte d’abîme. Son souffle revenu, ses esprits recouvrés, il s’assoit, sort un sucre de sa poche, le laisse fondre dans sa bouche. Plus que quelques instants de doutes, as-t-il remporté cette course ? La victoire ne le préoccupe pas, seulement l’ivresse du vide provoquée par l’effort.