Un manche à balais, un clou enfoncé perpendiculairement à quelques centimètres de l’extrémité, un vieux chiffon gris, enrubanné, scellé par la pointe métallique, un épouvantail fantastique naît du rudimentaire assemblage, un ennemi des ténèbres, démembré allié. Vous imbibez ce torchon, d’un liquide pour le moins pur, teneur en alcool garantie. Vous approchez l’allumette, et la lumière fut. Dès lors, vous pouvez vous enfoncer dans la nuit, votre ami fermement tenu en main, il veille sur vous, réchauffe vos joues, et conjure le mauvais sort. Votre ombre se découpe, cerclée de feu, elle danse, au grès des courants d’air, participant à l’expédition, vous indiquant le chemin parfois, vous devançant. Vous oubliez de prendre soin de votre compagnon, il s’assoiffe, « patron y’a marrée basse, j’ai le gosier qui s’lasse¹ ». Vous n’avez plus de Jaja, les aléas du voyage… Vous êtes à présent plongé dans l’obscurité, la funeste dépouille de votre ami dans votre main gauche.